“Napalm en Syrie”. Compliments, BBC.

bbc-logoSeulement de la commisération pour tant de désespérés de la guerre qui – avec la famille, les parents et souvent avec un téléphone portable – improvisent de fausses vidéos « choc » à vendre. Un jugement tout autre pour les « correspondants de guerre » surpayés qui achètent ces vidéos pour remplir leurs reportages autrement indigestes, et pour ces network qui, forts d'un public désormais complètement habitué, diffusent ces vidéos avec le « prestige » de leur « autorité ». C'est le cas de la vidéo désormais très connue « bombardements au napalm sur une école dans le nord de la Syrie », lancée par la BBC – et immédiatement reprise en Italie par  ANSARAInews, La Stampa, Corriere della Sera, il Fatto quotidiano… qui parle d'au moins 10 enfants tués et d'autres blessés (« beaucoup se plaignent de brûlures sur plus de 50 % du corps ce qui rend incertain le pronostic des médecins ») par « une bombe au napalm, lancée par un chasseur de l'aviation d’Assad, sur une école » (…) « comme rapportent de nombreux témoins ».

Mais auparavant, deux mots sur le napalm, une substance gélatineuse qui développe une très forte chaleur (jusqu'à 1200°) et qui se colle à la peau en brûlant (même si on l'arrose avec de l'eau) pendant 10 à 15 minutes. Ce n'est pas un hasard si, à de très rares exceptions près, on n’a jamais trouvé vivantes des personnes touchées directement par le napalm (qui d'ailleurs provoque des brûlures tout à fait caractéristiques) mais seulement celles touchées par le feuillage ou d'autres objets brûlés avec cette substance. Le feuillage justement, parce que le napalm (aujourd'hui abandonné même dans sa variante Napalm-B) est une arme faite pour des terrains couverts de végétation (comme les bois des Apennins en 1944 ou les campagnes vietnamiennes) ; certainement pas les aires urbaines (où son effet serait minimum) et où l’on préfère utiliser aujourd'hui (Falluja,Gaza) du phosphore blanc : officiellement c'est un dispositif éclairant, certainement incendiaire, mais en prévalence toxique et qui laisse sur le terrain des traces évidentes.

Il est donc invraisemblable que l'aviation d’Assad ait employé une bombe au napalm pour frapper l’école. Ensuite pourquoi tuer des écoliers sans défense ? Pour se faire bien voir de l'Occident ? Et ensuite sommes-nous sûrs que c'était une école ? Une des premières questions que l'on se pose en voyant dans la vidéo la piscine qui est à côté de l'entrée. Une école ? Sans bancs, tableau noir, sacs à dos et livres abandonnés… et ainsi de suite ? Les correspondants de la BBC – Ian Pannell e Darren Conway – nous assurent que oui. Et pour l'attester, ils montrent un jouet à bascule en plastique, une paire de chaussures d'hiver (en août ?) et des chaussures de femme : tous miraculeusement intacts, après les 1200° du napalm. Heureusement nos perplexités sont balayées par ce que rapporte Rainews : « couverts par l'anonymat par crainte de représailles, le directeur de l'école (et heureusement qu'il est protégé par l'anonymat ! ndr) a déclaré qu’« il n'avait jamais rien vu de semblable avant » (…) « Le pire dans la vie et de regarder quelqu'un mourir devant ses yeux sans pouvoir rien faire ».

Mais où sont les corps des 10 enfants tués et des autres dont « le pronostic est incertain » ? La vidéo (même précédée dans sa version italienne par un menaçant « Attention ! vidéo non adaptée aux personnes sensibles ») ne le montre pas. Elle ne montre pas non plus les parents qui vraisemblablement auraient dû accourir en grand nombre à l'hôpital (et pas même leurs voitures, comme le montre le parking à demi vide devant l'hôpital). Il faut donc se contenter de l'exhibition de cet enfant qui, assis sur une chaise, avec une peau absolument intacte (sans parler des cheveux) recouverte d’une crème, sans même enlever sa montre, fait tout ce qu’il peut pour nous convaincre. Certainement beaucoup moins convaincante la femme avec le voile sur la tête (évidemment intact, comme les vêtements) mais toujours recouverte de la même crème qui, ne pouvant pas être un calmant contre les brûlures (la femme est en train d'entrer à l’hôpital) devrait représenter le fameux napalm. Peu convaincant comme les femmes qui hurlent et le type avec les moustaches à côté d'elle.

Mais ce qui est vraiment le « top » de cette vidéo est cette scène – tournée dans une pièce qui peut être tout, sauf un hôpital même improvisé (si on considère la présence d'un miroir, d'un rideau mais d'aucun lit ou même lit de camp. ) – où cinq garçons étendus par terre (trois avec des vêtements intacts, cela va sans dire), font tout ce qu'ils peuvent pour improviser (même si le garçon au fond avec une chemise blanche, évidemment choqué, se lève à un certain moment et déclare forfait). Un homme domine la scène avec une chemise de corps en lambeaux et des taches sur la peau qui (comme le garçon avec le tee-shirt jaune) pourraient être de vraies brûlures (certainement pas au napalm, étant donné qu'il entre dans l'édifice sur ses pieds) si ce n'était pour les deux « secouristes » (sans gants, mais bardés de masques et de chemisettes bleues de l'organisation « humanitaire » Hand-in-hand-for-Syria) qui semblent les ignorer en concentrant leurs « soins » sur deux autres garçons étendus à terre. Des secouristes qui, entre autres, insistent pour s'affubler de manière un peu « scénographique » mais franchement suspecte comme ce type avec le masque à gaz qui sort de l'ambulance, où celle qui dans une cour, donne une interview avec un masque à filtre pour poussières fines.

Les scènes des vidéos seraient toutes construites ? Probablement non. Certaines séquences pourraient représenter de vrais brûlés (certainement pas au napalm) mais les brûlures ne sont pas rares en Italie (100 000 personnes traitées dans les structures italiennes), essayons d'imaginer un peu aujourd'hui en Syrie. Et les plus vraisemblables, présentées dans la vidéo, regardent deux hommes et un garçon, et pas des enfants. Justement les enfants. Où sont les enfants ?

Si ce que raconte la BBC était arrivé, soyez certains que les « rebelles » (ou même les parents) n'auraient eu aucun scrupule à aligner les petits corps, à les filmer avec soin et à réaliser des vidéos à lancer sur internet. Il n'en a pas été ainsi et cette fois, à la « mythique » BBC il n'est resté qu’à assembler des séquences variées, à les assaisonner (parmi les centaines de personnes qui auraient dû être impliquées dans la tragédie) avec des témoignages anonymes, à ajouter celle de ce Mohammed Abdulatiff – présenté par la BBC comme « témoin oculaire » – même si dans la vidéo il se limite à maudire les Nations unies et à déclamer quatre phrases de circonstances… et réaliser un énième scoop destiné à fomenter une guerre. Compliments, BBC.

Francesco Santoianni

 

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